Mémoire

Équinoxe Nancy se donne pour mission de perpétuer la mémoire de toutes les victimes de l’homophobie, de la transphobie et du SIDA. L’objectif de ce travail de mémoire est de transmettre, génération après génération, le souci de respecter toutes les formes de diversité au sein des populations LGBTI, et l’importance de rester vigilant-e-s et extrêmement fermes sur les valeurs de lutte contre ces violences qui tuent tant, en France comme ailleurs.

En termes d’actions, le travail de mémoire se décline sous plusieurs formes, généralement récurrentes tout au long de l’année.

CÉRÉMONIE DU SOUVENIR

Chaque année, Équinoxe Nancy participe à la Cérémonie du Souvenir des Victimes et Héros de la Déportation, qui se déroule le dernier dimanche d’avril sur l’ensemble du territoire français.
Cette présence n’a pas toujours été possible en raison de l’hostilité des associations d’anciens combattants et déportés, pour qui la présence de représentants LGBT à cette cérémonie mémorielle était – ou est encore, selon les cas – une pure hérésie.

La déportation pour motif d’homosexualité n’a été reconnue en France qu’en 2005, lors d’un célèbre discours du président Jacques Chirac. Dès lors, une fois ce premier pas accompli, les associations LGBT de France ont travaillé à participer au travail de mémoire collectif.
À Nancy, Équinoxe a dû ferrailler avec les anciens combattants et ancien-ne-s déporté-e-s, auteurs de moult propos homophobes et révisionnistes (pour ne pas dire négationnistes), pour ne plus avoir à déposer, comme Homonyme autrefois, une gerbe en marge de la cérémonie officielle.

Depuis 2009, grâce à l’action de notre association qui a donné son nom à la délibération n° 2009-222 de la HALDE, toutes les associations représentant des minorités déportées sous le IIIe Reich peuvent intégrer la cérémonie.
Reste l’épineuse question de la gerbe, sur laquelle les ancien-ne-s s’évertuent à vouloir absolument faire figurer leur nom, oubliant l’impérieuse nécessité de transmettre cette mémoire, à l’heure où la plupart des anciens combattants sont en fin de vie.

Ci-dessus : gerbe unitaire déposée par Équinoxe, ne portant qu’un message universel d’hommage à tou-te-s les déporté-e-s, sans distinction

Voir rubrique Revendications – Cérémonie du Souvenir

1ER AOÛT : HOMMAGE À JEAN-PIERRE HUMBLOT

À l’été 2003, Nancy fut le théâtre d’une série d’agressions physiques à caractère homophobe, perpétrées par une dizaine de jeunes hommes qui ciblaient les personnes correspondant à leurs stéréotypes de l’homosexualité.
Si de nombreuses victimes passées à tabac et parfois poussées dans le canal de la Marne au Rhin ont pu s’en sortir vivantes, Jean-Pierre Humblot n’a pas eu cette chance : battu puis poussé à l’eau, il s’est noyé sous les yeux de ses agresseurs le 1er août 2003.

La mort de Jean-Pierre Humblot, plus connu sous le nom de « Jeannot » à Nancy, a suscité une vive émotion dans la ville. Il était en effet bien connu des Nancéien-ne-s, à la fois pour les tenues extravagantes qu’il portait en toutes occasions, et pour sa cogestion haute en couleurs du restaurant Le Benelux dans les années 1980.

Chaque année depuis 2003, le 1er août, une cérémonie est organisée par la Ville de Nancy pour lui rendre hommage, en compagnie des associations LGBT, des institutions locales et de toutes celles et tous ceux qui l’ont connu. Une stèle a été érigée à sa mémoire sur le lieu de son meurtre, le long du canal, sous le viaduc Louis Marin (« la Vèbe »).

Au terme de la cérémonie du 1er août 2009, sa soeur Simone Monvoisin, qui était la seule à être restée proche de Jeannot dans sa famille, avait confié aux représentant-e-s des associations LGBT que Jean-Pierre Humblot n’était pas homosexuel, mais qu’il avait souhaité « changer de sexe » dès les années 1970. Face aux conditions qui lui avaient été soumises par les équipes médicales d’alors, Jeannot avait préféré vivre son identité de genre librement, à sa façon, en dépit des quolibets permanents qu’il recevait sur son passage.

L’hommage à Jean-Pierre Humblot a donc une vocation militante multiple : il a certes été victime d’un crime dont les motivations étaient clairement homophobes, mais en tant que personne transidentitaire sa mort doit également être reconnue en tant que crime transphobe.
C’est précisément à ce sujet de la transphobie qu’un différend oppose depuis 2013 les associations du Centre LGBT de Lorraine-Sud à la Ville de Nancy, qui n’avait pas hésité (en dépit de nos vives protestations) à donner la parole à un responsable associatif violemment transphobe et anti-gays extravagants (un comble pour Jeannot !) pour lui rendre hommage sur sa stèle. Depuis cette ultime insulte mémorielle, nous préférons rester à bonne distance de cette cérémonie très institutionnelle et largement instrumentalisée par la municipalité.

AUTRES HOMMAGES À JEANNOT

En parallèle de l’hommage officiel, verrouillé par la Ville de Nancy, d’autres initiatives moins institutionnelles sont venues enrichir les manifestations mémorielles pour Jean-Pierre Humblot, véritable symbole de liberté d’être et de paraître, et de lutte contre l’homophobie et la transphobie.

Salle Jean-Pierre Humblot au Centre LGBT

Face à la méconnaissance fréquente des nouveaux visiteurs de l’association, en particulier dans le nouveau Centre LGBT né rue Charles III en janvier 2012, Équinoxe a décidé de baptiser sa salle de réunion au nom de Jean-Pierre Humblot, en y apposant une plaque mémorielle.

Sa vocation militante est multiple. Elle vise d’une part à rappeler l’importance d’être vigilant-e sur les crimes homophobes et transphobes, y compris dans une ville globalement paisible comme Nancy. Elle vise d’autre part à faire preuve de pédagogie au sein même de la population LGBT, qui n’est pas exempte de discriminations internes et dont une partie reste hostile à toute forme d’extravagance, au nom d’une homophobie et d’une transphobie largement intériorisées.

La plaque mémorielle fut dévoilée le 28 juillet 2012, en présence de représentant-e-s de la Ville de Nancy et du Conseil général de Meurthe-et-Moselle. Elle fut déplacée lors du déménagement du Centre LGBT sur le Point Central, mais figure toujours dans la salle de réunion.

www.jeanpierrehumblot.fr

Si Jean-Pierre Humblot était très connu des Nancéien-ne-s, peu d’archives le concernant étaient disponibles, en particulier sur Internet, qui ne contenait que quelques photos.

À l’été 2014, un des militants fondateurs d’Équinoxe a souhaité enrichir cette mémoire en lançant un site mémoriel spécifiquement dédié à Jeannot, qui non seulement retrace sa vie, mais aussi recueille les témoignages et appelle les visiteurs à contribution par l’envoi d’archives, de photos, etc.

Inauguré le 1er août 2014, le site a déjà recueilli des centaines de photos d’archives, ce qui doit permettre à terme de constituer une exposition.

JOURNÉE INTERNATIONALE DE LUTTE CONTRE
L’HOMOPHOBIE ET LA TRANSPHOBIE

(IDAHOT : International Day Against HOmophobia and Transphobia)

Chaque 17 mai est célébrée la Journée internationale de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Pour notre association, elle est l’occasion de sensibiliser tous les publics aux violences homophobes et transphobes, qui restent quotidiennes y compris en France.

Équinoxe Nancy opte en général pour une action de prévention sur le terrain, au contact du grand public nancéien, à partir d’un support visuel permettant d’engager le dialogue avec les passant-e-s (théâtre de rue, scène de crime, etc.).


Le message militant et pédagogique peut également être adressé par le biais d’un support culturel à destination des publics LGBT et ami-e-s (cf. ci-dessous : 16 mai 2015 – Conte sur la thématique du genre – Graziella – au  Centre LGBT).

Enfin, l’association peut également s’adresser aux militant-e-s LGBT et aux responsables des associations, pour leur fournir des moyens concrets d’action (cf. ci-dessous : 16 mai 2015 – Petit-déjeuner – Débat : Vision NET [LGBTphobies sur Internet]).

JOURNÉE INTERNATIONALE
DU SOUVENIR TRANSGENRE

(TDoR : Transgender Day of Remembrance)

Cette journée, instaurée en 1998 aux États-Unis, est célébrée le 20 novembre de chaque année. Sa mission est de perpétuer la mémoire de toutes les victimes de la transphobie, dont de nombreuses sont encore assassinées, et d’attirer l’attention des pouvoirs publics et des médias sur l’absence de reconnaissance légale de la transphobie.

1ER DÉCEMBRE : JOURNÉE MONDIALE DE LUTTE CONTRE LE SIDA

En plus de sensibiliser tous les publics à la lutte contre le VIH et toutes les infections sexuellement transmissibles (IST) par la prévention, le dépistage et l’information, la Journée mondiale de lutte contre le SIDA est également l’occasion de rendre hommage à toutes les victimes de l’épidémie, à laquelle les populations LGBT ont payé un très lourd tribut.